Victor Schmitt : « Je ne suis pas là pour avoir raison, mais pour aider à comprendre »
Équipe première27 mars 2026
27 mars 2026
Analyste vidéo à l’ESTAC, Victor Schmitt décrypte son rôle, entre lecture du jeu, data et échanges permanents avec le staff. Un regard essentiel… mais toujours au service du collectif.
Victor, peux-tu revenir sur ton parcours et ce qui t’a amené à devenir analyste vidéo ?
Après le baccalauréat, je suis parti une année au Canada pour un double projet autour des études et du football. Pour des raisons sportives, je suis revenu dans le Sud afin de passer des diplômes de coach et reprendre une formation spécialisée en lien avec le football (DEUST AGAPSC).
J’ai ensuite passé mes différents CFF, puis intégré un diplôme universitaire en analyse du jeu et vidéo. Grâce à l’aide d’un professeur, j’ai obtenu le contact du responsable de la cellule vidéo de l’académie de l’Olympique Lyonnais, qui est le club de cœur de mon père. Après plusieurs entretiens, j’ai été sélectionné.
J’ai fait toutes mes classes avec les U17 Nationaux de l’OL, avec des responsabilités qui ont évolué au fil de trois saisons. Puis j’ai été contacté par le City Football Group et Anthony Fulconis. Après plusieurs entretiens, notamment avec François Vitali, j’ai rejoint l’ESTAC en février 2024, un mois après l’arrivée de David Guion.
Comment définirais-tu ton rôle au quotidien au sein du staff ?
Je suis analyste vidéo, pleinement intégré au staff technique avec le coach Stéphane Dumont et ses adjoints, Philippe Bizeul et Tristan Dingome.
J’agis comme un support pour le staff : j’apporte des données, une certaine lecture du jeu, et le staff pioche s’il le souhaite. Mon travail n’est pas de donner une vérité absolue du football, mais d’essayer de s’en approcher avec une lecture parmi d’autres.
Je ne suis pas là pour avoir raison, mais pour aider à mieux comprendre. La nuance est importante.
Quel est l’intérêt de l’utilisation du drone dans ton travail à l’entraînement ?
Pour utiliser un drone, il faut un permis de télépilote, que j’ai obtenu lors de mes années à l’OL. Comme pour le permis de conduire, il y a une partie théorique et un test de manipulation.
Le drone nous permet d’avoir un point de vue global à tout moment : suivre un joueur, une ligne, une zone… L’objectif est d’optimiser la performance et d’utiliser les images en direct.
J’ai un retour live qui me permet de coder l’entraînement en temps réel, ce qui permet au staff de récupérer immédiatement certaines séquences dès la fin de la séance s’il le souhaite.

Comment se déroule ton rôle pendant un match, depuis la tribune ?
Avant le match, j’agis en support du staff et des joueurs : vérifier une composition, donner des indications sur les adversaires directs…
Pendant la rencontre, je suis en lien constant avec Philippe et Tristan. On vérifie si le plan de jeu est respecté, on analyse les ajustements adverses, les changements de système.
Le fait d’être en hauteur me permet d’avoir une vision globale. J’utilise trois ordinateurs : 2 en tribunes et 1 dans le vestiaire. Cela me permet de partager tout ce que je peux coder avec Philippe et Tristan et toutes les phases de jeu, pour nous comme pour l’adversaire : sorties de balle, transitions, centres, coups de pied arrêtés…
À la mi-temps, on propose un retour avec quelques séquences, avec l’ordinateur qui est resté dans le vestiaire. Parfois, le coach nous demande d’en conserver certaines pour pouvoir les partager aux joueurs sur une télé. Mais selon le scénario et son ressenti, il peut aussi décider de ne rien montrer.
Quelle est ta place dans les échanges et les ajustements en cours de match ?
On échange constamment pendant le match. Mon rôle est d’apporter les bonnes informations, au bon moment, en étant très concret et concis.
Sur le plan collectif, cela peut concerner notre pressing. Sur le plan individuel, on peut identifier une faiblesse sur un couloir et décider d’insister dessus si on sent qu’on y est dangereux.
Ensuite, le staff décide d’utiliser ces informations… ou non.
Comment s’organisent les échanges avec le staff dans la prise de décision ?
Le coach a toujours ses idées, mais il nous consulte régulièrement. On a une relation professionnelle de qualité, avec beaucoup d’échanges.
Par exemple, lors du passage du 4-3-3 au 4-4-2 losange, l’idée venait du coach, mais il est venu vers nous pour en discuter. Ensuite, j’ai adapté mon codage pour que tout le monde ait les bonnes informations en lien avec ce système.
Dans cette relation avec le coach, comment te positionnes-tu dans l’échange et la réflexion ?
Je ne suis pas là pour dire oui à tout. Mon rôle est de questionner.
Si le coach évoque une situation, je dois être capable de dire : « ok, mais si l’adversaire fait ça, comment on s’adapte ? ». Ce sont des questions ouvertes qui nourrissent la réflexion.
On a une relation de confiance réciproque, qui est primordiale.

Comment anticipes-tu et prépares-tu les matches tout au long de la semaine ?
J’essaie toujours d’avoir une semaine d’avance dans ma préparation. Cela permet, dès le début de semaine, d’avoir toutes les informations sur l’adversaire et d’adapter la préparation en conséquence.
La semaine est déjà très chargée, donc anticiper est un vrai gain de temps.
Te concentres-tu davantage sur l’analyse de nos propres performances ou sur celles de l’adversaire ?
Je me concentre davantage sur l’analyse de l’adversaire. Pour nos performances, j’agis plutôt en support. Le coach et les adjoints en sont les principaux garants. Je participe à la discussion, mais à mon échelle.
Ton travail porte-t-il uniquement sur le collectif ou aussi sur les joueurs individuellement ?
Principalement sur le collectif, mais je fais aussi de l’individuel, à la demande.
Certains joueurs, comme Renaud Ripart, ont l’habitude de demander des informations sur leurs adversaires directs. D’autres sollicitent plus ponctuellement. Je suis là pour répondre à leurs besoins.
Quelle place occupent aujourd’hui la data et les outils technologiques dans ton métier ?
Aujourd’hui, la data est incontournable. Elle est primordiale dans la performance, avec de plus en plus de données, que ce soit sur les aspects athlétiques, tactiques ou techniques.
Mais les chiffres ne racontent pas tout. Une même donnée peut être interprétée différemment selon la vision.
L’objectif est de les utiliser pour raconter une histoire simple, en lien avec notre projet de jeu. On peut même définir nos propres métriques en début de saison. C’est un outil très puissant pour optimiser la performance.
Après plusieurs mois au club, comment te sens-tu à Troyes et à l’ESTAC ?
Je me sens très bien à l’ESTAC. J’ai tout de suite été bien accueilli, par les personnes déjà en place comme par celles qui nous ont rejoints ensuite.
C’est ma première expérience dans un staff professionnel, donc cela m’a permis de beaucoup apprendre, et c’est toujours le cas aujourd’hui.
Je me sens bien aussi dans la ville. Malgré le rythme, j’essaie de trouver un équilibre. Ma compagne m’a rejoint, je joue aussi en amateur le dimanche… Tout se passe bien !