P. Bizeul : « Être force de proposition, pas force de perturbation »
Équipe première26 février 2026
26 février 2026
Premier entraîneur adjoint de l’équipe professionnelle, Philippe Bizeul évoque son rôle aux côtés de Stéphane Dumont, le fonctionnement du staff au quotidien et les coulisses d’un match. Une plongée dans le travail de l’ombre qui structure la réussite troyenne.
Pour commencer, peux-tu revenir sur ton parcours avant ton arrivée à l’ESTAC ?
J’ai été très longtemps au centre de formation du Stade Rennais, aux prémices de ce qu’il est devenu aujourd’hui, même s’il y avait déjà de très bons joueurs. À 36 ans, j’ai considéré que j’avais fait le tour et j’avais envie de voir comment le travail de formateur pouvait être appliqué chez les pros.
Je suis parti à Tours, en Ligue 2, comme adjoint de Daniel Sanchez. J’y suis resté cinq ans avant de rejoindre Valenciennes en Ligue 1. Je suis ensuite revenu à l’essence de mon métier au Havre, en tant qu’adjoint tout en restant proche de l’Académie. J’ai passé deux ans à Lorient, obtenu mon diplôme d’entraîneur professionnel avec la réserve de l’OL, puis passé quasiment quatre saisons au Stade Rennais, où j’ai pu découvrir la Coupe d’Europe. Avant, donc, d’arriver à Troyes.
Concrètement, quel est ton rôle en tant que premier entraîneur adjoint ?
Mon rôle est multiple. La première chose, c’est d’être une ressource pour le coach dans la conception des séances. Stéphane (Dumont) me donne le cadre et c’est à moi de le mettre en musique avec le reste du staff pour que cela corresponde à ses attentes.
Je suis également une aide dans la gestion des matches à venir, en étant force de proposition. Je m’occupe aussi des coups de pied arrêtés offensifs : analyser l’adversaire, chercher des failles et optimiser nos forces pour être performants.
Enfin, je suis un relais proche de l’Académie, notamment avec Gharib (Amzine, entraîneur de l’équipe réserve). Ce lien est très important, je le sais car je ne l’ai pas toujours eu quand j’étais moi-même à la formation.
Est-ce justement ton long passé d’éducateur qui te donne cette sensibilité particulière envers les jeunes ?
Oui, forcément. Ce n’est pas toujours évident d’arriver dans un groupe professionnel. Les jeunes ont besoin d’accompagnement. Mais les éducateurs aussi méritent de l’attention et du respect. Leurs séances peuvent être perturbées selon les besoins des pros, ce n’est pas toujours simple. On se doit d’être aussi là pour eux.

Tu es arrivé à l’ESTAC avant Stéphane Dumont. Quelle est la nature de votre relation ?
On a la particularité d’avoir un vécu commun. On se croisait déjà lorsqu’il était adjoint à Reims et moi à Lorient. Ensuite, on a passé le BEPF ensemble pendant un an. On se voyait tous les mois, on faisait des séances en commun.
À son arrivée, malgré mon engagement moral avec l’ancien coach, Antoine (Sibierski, directeur sportif) et Stéphane souhaitaient poursuivre avec moi. J’ai accepté car je savais que l’adaptation serait assez simple.
Comment travailles-tu avec Tristan Dingome, qui vit sa première expérience au sein d’un staff professionnel ?
Tristan ne se repose pas sur nous. Il est instigateur, très curieux, il cherche. C’est un vrai plaisir de l’accompagner dans ses premiers pas dans un staff. Ensuite, on essaie de se répartir les tâches naturellement. Il a un vécu offensif important, donc je le laisse aller vers les joueurs offensifs. De mon côté, j’ai peut-être un affect plus particulier avec les défenseurs et les plus jeunes. Mais c’est fluide, on fait aussi beaucoup de choses en commun.
En match, on te voit en bas avec l’oreillette, pendant que Tristan (Dingome) et Victor (Schmitt, analyste vidéo) sont en tribune. Comment cela fonctionne ?
Dans beaucoup de stades, on est au ras de la pelouse et il est difficile d’avoir une vision claire. Tristan et Victor sont en tribune en première période, on échange environ toutes les quinze minutes sur nos impressions.
J’ai également un retour vidéo sur le banc, ce qui me permet de leur poser des questions ou de faire vérifier des hypothèses en temps réel. À la mi-temps, on choisit deux ou trois séquences à montrer au coach avant d’aller voir les joueurs. Il faut être très précis car on n’a que quinze minutes !
Est-ce que tu partages fréquemment tes impressions au coach durant les matches ?
Le coach est dans son match. Il faut être force de proposition, mais pas force de perturbation. Savoir trouver le bon moment, donc ce n’est pas systématique.

L’ESTAC vit actuellement une très belle saison, mais tu as aussi connu des périodes plus difficiles ici. Quels sont les ingrédients pour se relever quand ça va mal ?
Le plus important, c’est la cohérence. Au quotidien pour le groupe professionnel, mais aussi à tous les étages du club.
On peut se tromper, mais si on est de bonne foi et investi, cela fait peu de dommages. Je suis persuadé qu’avec de la cohérence et de l’investissement, on franchit les étapes, même les plus délicates.
Est-ce qu’il y a un moment, cette saison ou la précédente, où tu as senti une bascule positive pour l’ESTAC après plusieurs mois compliqués ?
La seconde partie de saison dernière était annonciatrice de choses positives, c’est certain. On a ressenti un alignement dans tout le club qui permettait de croire en l’arrivée de jours meilleurs.
Quand tu vois le chemin parcouru, est-ce que tu éprouves de la fierté ?
Je ne parlerais pas forcément de fierté. Peu importe la victoire, que ce soit un match, un championnat ou une coupe, tout est sans cesse remis en jeu. Il faut se renouveler en permanence. En revanche, ce qui est important, c’est d’être heureux tous les jours, et c’est le cas !
Justement, cela fait plus de deux ans que tu as rejoint Troyes. Comment t’y sens-tu aujourd’hui ?
Très bien ! J’y ai trouvé mon équilibre. Je ne suis pas de la région, mais j’apprécie vraiment cette ville où j’ai mes habitudes. Ma famille s’y sent bien également quand elle me rend visite.
Un dernier mot pour la mobilisation du public dans cette dernière ligne droite ?
Nos supporters vont avoir un rôle primordial dans les quatre rencontres qu’il nous reste au Stade de l’Aube, mais aussi à l’extérieur. Il faut qu’ils soient conscients que tout ne sera pas toujours simple. Mais c’est justement dans ces moments-là qu’on a le plus besoin d’eux. On compte vraiment sur leur soutien pour nous pousser, jusqu’au bout.
