Thierry Blanchot : « On ne regrette rien »
La relégation de l’équipe fanion, il faut bien l’avouer, était attendue. Non pas que l’on pensait que les filles n’étaient pas capables de se défendre, mais c’est le principe même du déroulement de la saison qui ne laissait guère de chances aux joueuses auboises. La 3e Division devant disparaître à la fin de la saison, les trois premières accédaient à la 2e Division, alors que toutes les autres retrouvaient la DH, dans leurs ligues respectives. La FFF a une conception bien à elle des réformes. Pour resserrer la qualité de ses championnats, elle taille par le bas. Thierry Blanchot n’a donc pas de regret : « Quand nous sommes arrivés dans ce championnat, on a découvert le niveau et des joueuses de qualité, meilleures que les nôtres. On s’y attendait, mais on avait toujours dit que si la possibilité d’accéder à la 3e Division se présentait, on ne se gênerait pas. Heureusement, le club a suivi. On est donc monté et on a vu. Et on ne regrette rien. Si déception il doit y avoir, c’est au niveau du classement, parce que je suis persuadé que, bien que n’ayant pas un gros effectif, nous avions les qualités pour éviter la lanterne rouge. Mis à part les quatre premiers, on pouvait rivaliser avec les autres équipes. Si les filles avaient pris conscience de leurs possibilités dès la première partie du championnat, nous aurions mieux figuré. Malheureusement, comme on s’est dit que, quoi qu’il advienne, on ne jouerait pas le haut de tableau et que, par conséquence, on redescendrait, on n’a pas lutté au début avec toutes nos armes. C’est dommage. »

Loïc Feugey : « Les filles sont restées soudées »
Entraîneur de l’équipe de D3, Loïc Feugey partage cette opinion. Il regrette cependant d’avoir disposé d’un effectif un peu court en nombre : « Nous n’avions que 13 filles qui avaient le potentiel. Les autres étaient un peu jeunes, même si elles ont toujours donné le maximum. Dans ces conditions, c’était simple de faire l’équipe. En tout et pour tout, je pense que je n’ai eu que six fois sur dix-huit à faire des choix de composition. Nous n’avons pas non plus été épargnés par les blessures. Je me souviens que nous nous sommes déplacés à Chatenoy-le-Royal avec seulement 11 joueuses. Malgré tout, il a toujours régné une bonne ambiance entre elles. A chaque déplacement, dans le bus, les filles restaient soudées et heureuses d’être ensemble. C’est l’un des points pour lesquels on ne regrette pas d’avoir vécu cette expérience. » Thierry Blanchot a beaucoup apprécié également l’investissement des filles : « Depuis deux ans que je m’occupe d’elles, elles ont toujours été très régulières aux entraînements. Elles ont beaucoup progressé. On devrait s’en apercevoir cette saison dans un championnat qu’on va retrouver et que l’on connaît. » Des progrès qu’on a ressentis en deuxième partie de saison, plus dans le jeu que dans les résultats malheureusement. Thierry s’en explique : « On n’a pas complètement pu réussir à mettre en application le dimanche ce qu’on parvenait à mettre en place aux entraînements. On s’est souvent précipité. Le stress a parfois pris le dessus. C’est la jeunesse de l’équipe qui explique ça. »

Hervé Vincent : « Elles ont toujours conservé cette notion d’appartenance à l’Estac »
L’équipe seconde, évoluant en DH, a beaucoup souffert. Avec parfois des effectifs à la limite, avec, à deux reprises, l’impossibilité de se présenter et l’obligation de déclarer forfait. Hervé Vincent, l’entraîneur, conserve néanmoins un regard bienveillant sur « ses gamines » : « Oui, c’est vrai, ce sont de bonnes gamines. Elles ont travaillé aux entraînements et il leur faudra continuer pour s’aguerrir. Malgré les résultats souvent défavorables, elles ont fait bloc avec la D3 et ont toujours fait honneur au maillot de l’Estac. Le groupe a toujours conservé cette notion d’appartenance au club, à l’Estac. C’est une grosse satisfaction, tout comme la fréquence des présences aux entraînements, quel que soit le temps. Elles n’ont jamais rechigné et ont bien vécu ensemble. »
Une saison à venir de transition
La saison à venir va apporter de profonds changements. L’équipe fanion va retrouver la DH. Elle va y côtoyer Saint-Memmie, Reims Sainte-Anne, Charleville, Saint-Dizier et l’ASPTT de Chaumont. Un championnat peau de chagrin de 10 journées aller-retour, de septembre à février, qui qualifiera le champion pour des Interligues de six groupes de quatre équipes, dont les meilleures monteront en 2e Division. Il n’y aura donc que six montées ! L’Estac tentera de faire partie de celles-ci. Un championnat régional des U17 devrait voir le jour. Mais, actuellement, seuls l’Estac, Charleville et Chaumont semblent s’y intéresser. Les Troyennes pourraient alors s’aguerrir et se confronter aux garçons dans le championnat des U15.

L’exemple des filles du Collège Marie-Curie
Si, en apparence, le football féminin présente des signes encourageants localement, si l’Education Nationale joue le jeu et voit son travail récompensé par le titre de champion de France de futsal et une 4e place nationale obtenus par la section sportive du Collège Marie-Curie, si l’Estac entend poursuivre sa politique de développement du football féminin, tout le monde ne paraît pas tirer dans le même sens. Et là, les regards se tournent vers le District Aube de Football qui ne met pas en place, conformément aux vœux de la Fédération, les outils nécessaires à la progression du foot féminin aubois. Pourtant les filles aiment jouer au foot. Il y avait 125 licenciées dans l’Aube cette saison, dont 32 séniors. A ce jour, l’Estac est le seul club à posséder une section féminine. Les meilleures féminines de Marie-Curie vont rejoindre les pôles espoirs. Si, derrière, on ne met pas en place rapidement un vrai projet de formation, l’élan donné depuis deux années risque de retomber. Thierry Blanchot et Hervé Vincent, complètement impliqués dans le projet, avouent ne pas comprendre le manque d’engagement du District et sont sur le point de renoncer. L’Estac peut souffrir de cet immobilisme. Déjà quelques –unes de ses joueuses ont été sollicitées. D’autres vont devoir s’exiler pour poursuivre des études supérieures. Ainsi, Fannie De Almeida rejoint Annecy pour des études de marketing et Mélanie Thouard va débuter des études de médecine. En revanche, le club troyen pourrait être en mesure d’accueillir quelques joueuses d’avenir, l’une d’entre-elles, au moins, venant d’être retenue en équipe de France des U17.
Dans le département d’origine de Marinette Pichon et de Gaëtane Thiney, stars du foot féminin, là où, en 1970 avec le début du foot féminin, naissait, au TAF, la première équipe de filles, et à un mois et demi d’accueillir au Stade de l’Aube (le mercredi 25 août) un France-Serbie féminin qualificatif pour le Mondial 2011, ce serait un comble de ne pas saisir l’opportunité de mettre en valeur le football des filles.







