Patrick, au début de la saison qui vient de s’achever, vous aviez annoncé que pour monter, il fallait être proche des 70 points et ne perdre que 5 à 6 matches. L’Estac a atteint les 69 points et n’a perdu que 5 rencontres. A peu de choses près, vous aviez vu juste. Un parcours qui a dû vous satisfaire ? 
Les chiffres annoncés permettaient une marge de sécurité. Ça donne une moyenne de 1,80 par match. Avec ça, ça passe. On termine quand même avec 6 points de mieux que Créteil, le 4e. Il faut toujours voir plus large et plus haut. Notre parcours a donc vraiment été celui d’un postulant pour la montée. Les chiffres le confirment. On a connu quelques défaites, (seulement 5) mais toutes les équipes, qu’elles s’appellent Marseille, Munich ou l’Inter, en ont.
Quelles difficultés avez-vous rencontrées durant cette saison et quels ont été les temps forts et les temps faibles ?
Lorsque je suis venu pour discuter avant le début de la saison, la première difficulté, c’était l’état des lieux et l’effectif. Il y avait un esprit de groupe à retrouver et une paix sociale à réinstaller. Je savais que certains avaient des états d’âme, entre ceux qui voulaient partir ou ceux qui tiraient la gueule. La première condition était plus de créer un état d’esprit de groupe que d’équipe, car tous devaient être concernés. On a aplani beaucoup de choses. J’ai tranché dans le vif. Celui qui faisait la tronche partait en CFA2. Les gens ont compris. Il y avait aussi ceux que je ne souhaitais plus. Le président m’a suivi. J’aurais pu prendre plus de temps, mais avec les premiers tours de coupe et le début de saison qui arrivait, on a gagné 2 à 3 semaines. C’était ça la première difficulté : instaurer des règles et du respect. Ensuite, il y a eu le départ de Titi (Buengo). Avec lui, on avait une paire d’attaquants super, de niveau Ligue 2 tous les jours à mon avis. Avec son départ, le groupe a perdu au niveau sportif car il avait de la puissance et de la présence. On ne pouvait pas le remplacer et c’était à moi de compenser. Au mercato, on a pris Ronny (Rodelin), mais il n’a pas été le plus qu’on attendait.
On a connu des débuts difficiles. On gagne le premier match mais on fait un nul à Paris. Notre parcours chiffré de début de saison a été le plus difficile. C’est sur les quatre ou cinq premiers matches qu’on a enregistré notre plus mauvais classement, au contraire d’autres qui avaient un calendrier plus favorable, comme Luzenac. Mais il vaut mieux connaître ce type de passage en début de championnat plutôt qu’à la fin. Ensuite, on a mené bon train dans ce championnat.
Nos temps forts, nous les avons eus en Coupe de la Ligue et en Coupe de France, ainsi que durant le premier tiers, voire plus, du championnat. On marquait des buts. Après, on a eu des résultats malheureux, comme contre Fréjus ou Rouen, le match le moins abouti, et des périodes plus malheureuses que faibles. Contre Fréjus, on perd mais on méritait de gagner. Ils n’ont que deux occases. De plus, on n’avait pas notre défense type. Contre Cannes, on mène 2-0 à la 85’. On concède finalement le nul, alors qu’on aurait dû gérer le résultat.
Vous êtes-vous appuyé sur certains joueurs ?
J’ai finalement trouvé un groupe très réceptif quand on a commencé la saison, un groupe à l’écoute. Pour un entraîneur, c’est important. Il a cru à mon discours et j’ai cru en lui. Comme je le fais souvent, avant l’hiver, à partir de novembre, j’ai instauré un groupe de sages, plus qu’un groupe de cadres. Il était composé de sept joueurs. Tous les quinze jours, je les recevais dans mon bureau. Deux fois, ça a été à leur demande. J’ai pu entendre certaines choses. Parfois très, très fortes, pour écarté un joueur où en faire venir. Ce petit groupe m’a vraiment aidé, dans les deux sens, eux pour me faire part de sollicitations et moi pour faire passer un message. Ils étaient les garants de ce qui avait été décidé en début de saison.
Vous avez également souvent fait appel à des jeunes. Etait-ce prémédité ou cela l’a-t-il été par la force des choses ?
Je suis arrivé avec un projet et l’un des quatre axes de travail était d’utiliser environ un tiers de jeunes formés ou postformés au club. Dans une hiérarchie de 25 joueurs, quand vous arrivez au 18e, 19e ou 20e, ce n’est pas la peine d’aller chercher ailleurs pour compléter. Sinon, c’est grave, car ces joueurs, on doit les trouver chez nous. Surtout quand on a un Centre de Formation. J’ai tenu ces engagements. Maintenant, je dois dire que je n’ai pas tout à fait trouvé ce que j’en attendais. Beaucoup n’ont pas eu l’esprit à 100% foot, qui permet de soulever des montagnes. Je ne veux pas passer pour un vieux guerrier aigri, mais beaucoup de jeunes n’ont plus l’esprit qu’on avait à leur âge. Ils ne mordent pas assez. Ils jouent deux matches et demi en L2 ou en National et arrivent en terrain conquis. Ce sont ce type de lacunes qu’on trouve chez des joueurs de 18, 20 ans. On devrait leur faire confiance mais ils ne viennent pas toujours avec l’esprit qu’il faudrait, alors qu’ils ont la chance qu’on les appelle. On n’a pas toujours le retour. Heureusement, ils ne sont pas tous comme ça.
Il y a un an, vous avez choisi et voulu devenir l’entraîneur de l’Estac, avant même qu’on vous retienne. Je suppose que vous n’en éprouvez pas de regret, mais avez-vous trouvé toutes les conditions pour bien travailler et avez-vous été toujours en phase avec la direction du club ?
J’hésitais à reprendre un club. J’occupais une fonction qui m’intéressait. Les évènements ont fait que j’ai réfléchi. Quelques personnes étaient sur le coup pour proposer mes services. Mais, quand je suis venu l’année dernière, avec les anciens de Metz, jouer le Challenge Angel Masoni, j’ai vu le club d’une autre manière. Auparavant, quand je venais à Troyes avec une équipe, je pénétrais au stade sans voir ce qui existait autour. Là, j’ai vu les terrains d’entraînement, le synthétique, j’ai discuté avec les gens, et j’ai assisté au match qui suivait, gagné par Sedan. Je savais que l’Estac changeait d’entraîneur et de président. J’ai eu des échos. Ça ne me posait pas de problème. L’anecdote, c’est que j’ai appelé mon copain Bernard Zénier à Metz pour lui demander le numéro de Richard (Jézierski) et j’ai appelé. Les évènements ont fait que j’ai été reçu. J’ai exposé mon projet et expliqué mes principes. Les gens m’ont découvert. Nous avons toujours travaillé en bonne intelligence. La preuve : sur l’ensemble des joueurs actuels dont nous avons parlé en fin de championnat, nos avis n’ont été différents que sur un seul cas. Un sur 25 ou 27. C’est plutôt rare. J’avais une opinion autre que celle du staff d’ailleurs et de la direction.
L’Estac retrouve la Ligue 2. Peut-on dire que le plus difficile commence ? Et comment faire pour avoir les meilleures chances d’y bien figurer ?
Notre gros problème à nous, les entraîneurs, c’est que nous n’avons pas le temps de souffler ou d’apprécier d’avoir réussi le challenge. J’en suis d’ailleurs très heureux pour le président. On n’a pas le temps de savourer. On est frustré. Dès le coup de sifflet final contre Cassis, dans la nuit, je réfléchissais déjà à l’effectif et sur l’exercice à venir. C’est très, très difficile. La première phase concerne la gestion interne : qui on garde ou pas, qui on prolonge ? Ensuite, quels sont les renforts dont on a besoin pour donner des plus à l’effectif ? On s’est mis d’accord sur les caractéristiques du groupe avec lequel on devrait travailler. On a mis des noms dans des cases, avec le budget correspondant. Car, avant d’aller chercher Dupont, il faut savoir combien on va mettre. Si on a le budget, alors on bâtit le groupe. Chacun travaille sur le sujet et on fait le point. Après, quand on a fait ça, on se retrouve en concurrence avec 19 autres équipes. J’ai vu tous les matches de Ligue 2 qui étaient télévisés. Celui du lundi sur Eurosport et les trois sur Ma Chaîne Sport. J’ai vu des équipes et des joueurs. Aujourd’hui, il faut construire notre groupe. On a zéro point. Il en faudra au minimum 45. L’idéal, ce serait d’en compter déjà 15 au bout de 10 journées. Personne ne nous en donnera. Il faudra aller les chercher, tout en gardant un style de jeu et faire en sorte que les gens ne s’ennuient pas au Stade de l’Aube. Il faudra aussi un autre groupe, en ajoutant 5 ou 6 joueurs peut-être. Il faudra vite trouver un terreau de jeu, un fil conducteur, et que tout le monde s’y retrouve. Parce que, en face, ce ne sera plus Cassis, mais Le Mans…








